Idées de la Tripartition sociale

Comprendre les idéaux de Liberté, Égalité et Fraternité pour les réaliser

Méphistophélès et l´Écolier d´Eugène Delacroix

« L’esprit du 11 janvier 2015 » à la lumière de Faust (1) : les conseils de Méphistophélès à l’Étudiant

24 January 2015 administrateur 1 Comment

Introduction

Le 13 janvier 2015, Manuel Valls prononce un discours solennel devant l’Assemblée nationale. Deux jours plus tôt ont défilé plusieurs millions de personnes dans toute la France. L’expression « Je suis Charlie » est alors partout dans tous les cortèges. Dans son discours, Manuel Valls quant à lui fait référence à « l’esprit du 11 janvier 2015 », en expose sa vision et en décrit les premières mesures.

 Le succès de l’expression « Je suis Charlie » suscita de nombreuses interrogations sur sa signification1). Avec des interprétations de « Charlie » aussi diverses que « les victimes », « Charlie Hebdo», « la liberté d’expression », « les valeurs humanistes », « la France » ou autre, il est peu évident en effet de savoir ce qui vraiment a poussé les millions de personnes à défiler le dimanche 11 janvier 2015. « Je suis Charlie » fut donc compris comme un « slogan », non porteur de sens lui-même, mais pouvant être interprété de multiples façons et donc rassembler un très grand nombre de personnes. Le succès des manifestations peut ainsi en partie être mis au crédit de cette expression.

L’expression « l’esprit du 11 janvier 2015 » est, elle, de tout autre nature. Elle n’est pas brandie sur de multiples pancartes mais en revanche depuis incessamment employée par les hautes sphères du pouvoir de l’État. Elle est devenue clairement la référence ou la pierre de fondation de la nouvelle politique du gouvernement. Mais la signification de cette expression et surtout sa nature restent peu lisibles. Le discours de M. Valls apporte justement des éléments de réponse que cet article divisé en quatre parties a pour objet d’exposer.

Les conseils de Méphistophélès à l’Étudiant

Avant d’aborder directement notre question, il n’est pas inutile de se pencher sur les auteurs classiques qui éclairent souvent de facon pénétrante des problèmes que nous pensons bien à tort comme propres à notre temps. L’attention peut ainsi être portée sur un passage de la première partie du Faust de J.W. von Goethe. Le contexte en est le suivant : Méphistophélès se fait passer pour le Docteur Faust et reçoit un nouvel étudiant. Celui-ci demande conseil sur son orientation, hésitant entre les Sciences naturelles, le Droit ou bien, peut-être, même la Théologie…

L’Étudiant

[…] J’aurais presque envie d’étudier la Théologie.

Méphistophélès

Je ne désirerais pas vous induire en erreur.

Mais en ce qui concerne cette science,

Il est si difficile d’éviter la fausse route,

Il s’y cache tant de poisons

Qu’on a tant de peine à distinguer du remède.

Là encore, le mieux est de suivre un seul maître,

Et de jurer sur ses paroles.

Au total – tenez -vous en aux mots !

Vous êtes alors sûr d’entrer par la grande porte

Dans le temple de la Vérité.

L’ Étudiant

Mais une idée doit toujours être contenue dans un mot.

Méphistophélès

Sans doute ! Mais il ne faut pas trop se tourmenter ;

Car justement lorsque l’idée manque,

Un mot vient à propos pour y suppléer.

Avec des mots on discute parfaitement,

Avec des mots on construit tout un système,

Sur des mots on fonde merveilleusement toute une croyance,

D’un mot on ne peut enlever un iota.

 La leçon de Méphistophélès est donc claire : « tenez-vous en aux mots ! ». L’Étudiant cependant a un éclair de lucidité et réclame une idée pour chaque mot : il faut bien en effet les comprendre. Méphistophélès ne le voit pas ainsi : on peut tout à fait se passer des idées et utiliser les mots indépendamment donc de toute signification.

La définition de « mot » aide à comprendre le problème: « Son ou groupe de sons servant à exprimer des actions, des sensations, des sentiments, des idées, ainsi que leurs rapports. »2

Méphistophélès dissocie donc la perception (son ou groupe de sons) de l’idée (actions, sensations….). Un mot méphistophélique est donc juste un son ou un groupe de sons où « l’idée manque ».

Méphistophélès est sûr de lui: avec de tels mots vidés de sens on peut bâtir « système », « croyance ». Nous pourrions ajouter aujourd’hui « idéologie ».

Et il conclut : « D’un mot on ne peut enlever un iota. ». Comment enlever effectivement quoi que ce soit au vide ? Croyance et idéologie mènent donc au fondamentalisme, puisqu’en ne cherchant pas le sens des mots et en suivant « un seul maître »,

Vous êtes alors sûr d’entrer par la grande porte

Dans le temple de la Vérité.

Deux siècles plus tard, nous sommes toujours au cœur de ce problème et les grandes idéologies du siècle précédent montrent combien les conséquences peuvent en être dévastatrices. Les leçons de Méphistophélès seront le fil conducteur de cette analyse pour éclairer l’expression « l’esprit du 11 janvier 2015 » et le discours de Manuel Valls.

 

 


  1. Notamment Frédéric Lordon (Charlie à tout prix)   et Le blog Notre-Époque (Pourquoi le slogan “Je suis Charlie” est problématique voire dangereux 

  2. 9ème édition du Dictionnaire de l’Académie francaise. 

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Comments

  1. Jean
    11 July 2015 - 18 h 39 min

    bonsoir

    je connais votre site depuis peu bien qu’ayant lu et relu (et pas seulement lu!) l’oeuvre en français de R. Steiner depuis plus de 25 ans. J’apprécie beaucoup vos articles et J’ai également vu que vous étiez proche de l’UPR, ce qui fait un élément supplémentaire de partage. A ce sujet, j’ai apprécié les positions récentes plus audacieuses de F. Asselineau envers l’Ukraine et la Russie. Il y manque quand même une position ouvertement et concrètement spirituelle, une analyse des arrières plans du monde invisible à l’oeuvre dont les éléments terrestres ne sont que la main ultime. Comme R. Steiner le disait et le prévoyait, nous sommes je pense arrivés à un stade où le politique doit ouvertement et concrètement prendre en compte les forces cachées à l’oeuvre. En ce sens, P. Grasset du site dedefensa est également très intéressant. Cette prise en compte concrète de l’Invisible dans le politique est aujourd’hui, je pense la condition pour que ce monde spirituel sous l’impulsion de Mikael puisse nous aider à l’oeuvre de transformation qui s’annonce. Les forces humaines n’y suffiront pas et une collaboration consciente et libre est indispensable. F. Asselineau en est-il conscient? Je ne sais pas.
    Au plaisir de découvrir vos prochaines publications.
    Fraternellement
    Jean

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