Idées de la Tripartition sociale

Comprendre les idéaux de Liberté, Égalité et Fraternité pour les réaliser

Méphistophélès et l´Écolier d´Eugène Delacroix

« L’esprit du 11 janvier 2015 » à la lumière de Faust (3): le dogme d’une nouvelle croyance “républicaine”

25 January 2015 administrateur 0 Comments

(Suite de la deuxième partie)

 Avec des mots normaux, donc porteurs de sens, on peut développer des raisonnements, chercher à saisir des idées en faisant appel à la logique et à la raison. De tels buts ne sont pas possibles avec des mots méphistophéliques (vidés de leur sens), mais Méphistophélès est tout à fait serein et sûr de lui :

Avec des mots on discute parfaitement

Avec des mots on construit tout un système,

Sur des mots on fonde merveilleusement toute une croyance.

Comment s’y prend donc Manuel Valls pour bâtir une croyance autour de « l’esprit du 11 janvier 2015 » à partir de ses mots méphistophéliques ?

 

Que signifie d’abord l’expression « l’esprit du 11 janvier 2015 » ?

  • C’est un esprit qui le 11 janvier 2015 a porté les manifestants (sinon les Français).
  • Cet esprit est unique (emploi de l’article défini).

En fait ces affirmations ne coulent pas du tout de source:

  • c’est non un esprit, mais une émotion qui a rassemblé les manifestants,
  • les motifs des manifestants furent très divers.

« L’esprit du 11 janvier 2015 » est donc une assertion non démontrée. Par ailleurs comme nous l’avions vu dans la deuxième partie cet esprit reste non défini. Cette expression est en réalité un dogme dont l’expression développée est ” le 11 janvier 2015 est apparu un esprit et cet esprit est unique”. C’est la pierre fondatrice de la nouvelle « croyance ».

Pour bâtir cette croyance sur ce dogme, Manuel Valls copie, sans originalité, la structure propre aux religions monothéistes. Les éléments principaux en sont: la référence à un esprit (Dieu unique), un moment fondateur (apparition d’un grand prophète ou incarnation divine), un message (révélation divine), un rayonnement (peuple élu ou universalisme), et enfin l’instauration d’une institution religieuse.

 Tous ces éléments sont contenus dans la description de « l’esprit du 11 janvier 2015 » dans le discours de Manuel Valls :

  • L’« esprit du 11 janvier 2015 » fait référence à l’ « esprit des lumières [du 18ème siècle]».
  • Son moment fondateur furent les démonstrations du 11 janvier et « il y aura un avant et un après ».
  • Son message est centré sur les « valeurs républicaines» de « liberté », « égalité », « fraternité », « laïcité » et « tolérance ».
  • Cet esprit est porté par la « France », dont c’est « sa lumière ».
  • Mais cet esprit a aussi une portée universelle, et c’est « son message universel que l’on a voulu abattre », et c’est pourquoi « le monde entier est venu à [la France], car le monde sait lui aussi la grandeur de la France et ce qu’elle incarne d’universel. »
  • Son institution enfin, est « La République » qui, comme une église, « est fraternelle, [..] généreuse, [..] est là pour accueillir chacun. »

Sa forme est tout aussi religieuse : outre le ton incantatoire de l’orateur, de multiples termes du discours sont issus du vocabulaire mystique, par exemple « Nous allons entretenir, je l’espère, comme un feu ardent, cet état d’esprit”. Particulièrement caractéristique est la demande aux Français d’être « habité[s] par [c]es valeurs ». Être « habité » (par un esprit – bon ou mauvais), c’est ne plus être tout à fait soi, c’est cohabiter avec une entité spirituelle étrangère : en l’occurence ces « valeurs » vidées de leur sens que les Francais sont exhortés à suivre, pour en réalité suivre un seul maître.

 L’incessante exigence de l’unité est aussi propre à la fondation d’une nouvelle croyance. Cette unité est déjà incluse dans le dogme avec l’article défini “L'” accolé à “esprit”. Rien ne peut être mis en question dans « l’esprit du 11 janvier 2015 » puisque

 D’un mot on ne peut enlever un iota.

 Il n’y a rien à discuter puisqu’il n’y a pas d’idée. On ne peut donc qu’être pour ou contre. C’est le propre de toute croyance de rejeter la pensée et, de fait, de l’interdire. Cette unité est donc exigée des Français mais tout d’abord des députés, derrière un léger vernis diplomatique1. Le vote final2 montra que les parlementaires et les sénateurs ont bien compris le message:

Le mieux est de suivre un seul maître,

Et de jurer sur ses paroles.

Les députés présents participèrent également pleinement à cette glorification du nouvel esprit : les commentaires furent dithyrambiques, la communion fut totale, les clivages dépassés et une « standing ovation » fut donnée. Signe des temps, la Marseillaise est chantée pour la première fois depuis 1918 à l’Assemblée nationale3.

Ce discours a tout d’une harangue religieuse pour annoncer la nouvelle croyance de l’« esprit du 11 janvier 2015 ». Manuel Valls fonde un vrai culte, suivant parfaitement les conseils de Méphistophélès. Certes le cadre républicain est déroutant, mais celui-ci n’est plus que décor. En réalité toute cette assemblée est dans une église et Manuel Valls appelle à une croisade au nom du nouvel esprit.


  1. « Loin de moi l’idée de déposer, après ces événements, la moindre chape de plomb sur notre débat démocratique, et vous ne le permettrez pas, de toute façon. Mais, mais nous devons être capables, collectivement, de garder les yeux rivés sur l’intérêt général. » En clair : il requiert bel et bien cette chape de plomb. 

  2. Le projet de loi sur la poursuite de l’intervention française en Irak dont le discours était l’objet fut adopté avec une majorité de 488 députés (un seul vote contre et 13 abstentions). Le Sénat a pour sa part voté à l’unanimité : 327 sénateurs sur 346 se sont prononcés pour (19 abstentions). Donc un seul élu sur 848, Jean-Pierre Gorges, député d’Eure-et-Loire, vota contre. 

  3. Posons-nous d’ailleurs la question, pourquoi justement la Marseillaise n’a pas été chantée depuis 1918… 

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